Les mutilations sexuelles infantiles en bref - Sigismond

From Peaceful Beginnings

Le concept de mutilations sexuelles infantiles n'est pas encore très répandu. Historiquement, en effet, les féministes occidentales, qui ont été à l'avant-garde du combat contre les mutilations sexuelles, ont ignoré et ignorent encore les mutilations sexuelles infantiles pour ne reconnaître que les mutilations sexuelles féminines. S'appropriant la lutte contre les mutilations sexuelles, elles en font un combat entre adultes des deux sexes. Mais seul le concept de mutilations sexuelles infantiles permet de faire face à la réalité d'un phénomène qui frappe les enfants d'abord.


En dépit de l'intérêt pour l'humanité de sa découverte anatomique de 1996 (1) concernant la fonction d'exquise mécanique érogène de l'anneau de l'extrémité du prépuce, John Taylor n'a pas reçu le prix Nobel de médecine. D'une part le sexe n'est pas nobélisable, d'autre part, les praticiens juifs sont très influents dans le milieu médical. La trouvaille de Taylor n'a jamais été médiatisée et reste ignorée du public. Cependant, depuis cette date, il est scientifiquement démontré que le prépuce n'a pas seulement une fonction de protection de l'érogénéité du gland mais aussi celle d'organe érogène à part entière. Cette démonstration histologico-anatomique a été expérimentalement confirmée par l'enquête de sensibilité de Sorrells (2). Plusieurs enquêtes statistiques ont montré que le statut de circoncision est sans influence significative sur la transmission des MST, mis à part le SIDA. Mais Talbott (3) a démontré que pour ce dernier, en Afrique, le continent le plus touché, le grand vecteur de l'épidémie n'est pas le prépuce mais la prostitution. Quoi qu'il en soit, l'exemple du Japon (premier consommateur mondial de préservatifs) montre au monde entier que l'hygiène et l'utilisation du préservatif sont le plus sûr recours contre les M.S.T., y compris le SIDA. Il ne faudrait pas oublier que la toilette du prépuce ne prend que quelques secondes et qu'on n'arrache pas les dents pour ne pas avoir à les laver. Il est maintenant scientifiquement prouvé que l'amputation du prépuce est une véritable mutilation sexuelle. Personne, aujourd'hui, n'a le droit de pratiquer la circoncision sans sérieux motif médical, sur un enfant comme sur un adulte.

Deuxième conséquence, puisque, dans l'antiquité, le terme castration était utilisé pour désigner un crime odieux, non seulement pour les gonades mais aussi pour le pénis, il n'est pas abusif d'employer ce mot non seulement pour le clitoris mais aussi pour le prépuce. La découverte de Taylor confirme scientifiquement que le clitoris et le prépuce sont chacun, en matière d'autosexualité, l'équivalent fonctionnel, respectivement du pénis et du vagin en matière d'hétérosexualité. Dénier l'importance de la perte du clitoris ou du prépuce est irréaliste, ne s'attaquer qu'à une seule des deux mutilations serait injuste, sexiste. Les mutilations sexuelles infantiles sont la castration des organes féminin et masculin de l'autosexualité. Perpétrées contre une catégorie déterminée de la population, les mutilations sexuelles infantiles ne sont pas un crime ordinaire mais un crime contre l'humanité. Crime relativement mineur, elles sont pardonnables dans la mesure où elles reposent sur une coutume antique et héréditaire mais elles ne le sont qu'à condition d'être abandonnées.


Voici plus d'un siècle, Freud se faisait déjà le défenseur de la sexualité infantile. En vérifiant son existence naturelle (manusexualité et auto-fellation) jusque dans la matrice, l'échographie prénatale lui apporte aujourd'hui un puissant soutien. Cependant, l'autosexualité est toujours réprimée, d'une façon ou d'une autre, tout particulièrement dans les pratiques de la circoncision et de l'excision, courantes puisque, chaque minute, 6 fillettes et 25 garçonnets passent sous le couteau. Impossible de ne pas mettre en avant les "droits de l'enfant" dans ce débat ! Après y avoir apporté la définition précédente des mutilations sexuelles infantiles nous l'élargirons à la question du droit de la personne, quel que soit son âge, à la libre disposition de son corps et au respect de son intégrité physique, sentimentale et mentale.

Imaginez en effet un être qui a librement pratiqué l'autosexualité dans le ventre de sa mère pendant plusieurs mois. Cet être, c'est vous. Supposez maintenant qu'à la sortie de cet Éden, un jour où vous êtes tranquillement dans votre bain, on vous fasse les gros yeux en vous disant sévèrement : "Pourquoi est-ce que c'est comme ça ? Tu y as touché ?" Ou alors, vous vous apercevez qu'insidieusement, hypocritement, tout le monde autour de vous déprécie votre acte d'amour de vous-même en le désignant par des termes dont la plupart sont péjoratifs et réprobateurs. La racine du plus courant, comme dans perturbation, désigne le trouble mais aussi la turpitude. Cette condamnation affecte même l'université qui affecte des termes précieux, un peu pervers : autoérotisme, onanisme. Rappelons que faire l'amour signifie "faire l'angelot, le cupidon, le petit amour", avant de connaître le grand. Autosexualité doit remplacer le terme odieux imposé par les religieux, lequel doit être rayé du vocabulaire. La lutte contre les violences et crimes sexuels, dont les mutilations sexuelles infantiles, passe par là. La lutte contre le SIDA aussi, comme en témoignent les chefs d'état africains qui prônent pudiquement l' "abstinence". Ce discours puritain est dangereux pour leurs peuples ; combien de jeunes, avec la crédulité de leur âge, le prendront à la lettre, ce qui serait une privation stupide et malsaine. On ne peut, surtout dans la lutte contre le SIDA, surtout à l'échelle d'une population entière et avec l'usage des médias, renforcer insidieusement le dénigrement coutumier de l'autosexualité. Cela porte atteinte à la santé physique et psychique des peuples. Pour lutter contre le SIDA et les mutilations sexuelles infantiles, il faut abandonner toute hypocrisie.


La répression de la sexualité dite – bien à la légère – infantile résulte de ce tabou universel. Un interdit contre nature vous fait brusquement passer du paradis terrestre de la matrice à l'enfer de la répression, de la culpabilité, du trauma. La culpabilité inconsciente qu'il génère est une des origines des maladies mentales. Cette culpabilité conduit en effet à diverses pathologies : névrose ou dépression par intériorisation de la culpabilité, conduites violentes rejetant la culpabilité sur autrui, ou apaisement de la tension produite par la culpabilité dans les perversions et addictions. Les enfants ou les jeunes gens perçoivent affectivement la répression de la sexualité comme une menace de mort par perte de l'amour et donc par abandon. Contraire à la loi naturelle, une telle menace ne peut que s'opposer à l'heureuse résolution du complexe d'Œdipe qui implique l'adhésion à la loi sociale. Le contrat social repose sur l'acceptation de la loi par des individus libres et égaux, il ne devrait pas être imposé par la force ou l'intimidation. La répression de la sexualité, et tout particulièrement de la sexualité infantile, est susceptible de bloquer l'enfant ou l'adolescent dans son développement. Elle le soumet à une loi contraire à la loi naturelle, mettant le plaisir hors la loi. Certains seront inhibés dans l'exercice d'une autorité vraie ou la révolte contre les abus de l'autorité, d'autres seront poussés à la dissidence. Les perversions – notamment la pédophilie – et le viol sont la conséquence directe, aggravée par le tapage sexuel des médias, de l'hypocrite réprobation publique de ce que chacun pratique allègrement en privé. De façon paradoxale, on va jusqu'à tolérer les perversions les plus tapageuses pour la seule raison qu'on est incapable de s'apercevoir de la racine du mal. Cependant, seuls les séducteurs, les violeurs, les pédophiles et les homophiles se masturbent, dans leurs victimes, leur accordant le même mépris que celui qu'ils ont subi dans leur sexualité d'enfants.


"Pour embrasser la dam', s'il faut se mettre à douze

"J'aime mieux m'amuser tout seul, cré nom de nom!"

Georges Brassens (Le pluriel)


Ils n'auront plus besoin de passer par là lorsque la valeur de l'autosexualité sera universellement reconnue. Elle ne l'est pour l'instant que par quelques rares personnalités ou dans certaines cultures (Asie, Océanie), plus particulièrement dans les classes populaires.

Des études anthropologiques transculturelles ont apporté un appui étendu à des populations entières, aux observations cliniques et théoriques de Freud et des psychanalystes. Avec une corrélation statistique absolue, elles ont montré que la dépression et la violence (drogue, alcool, criminalité) sont la conséquence de la carence de tendresse dans l'enfance, carence qui peut être aggravée (ou combattue) par l'interdiction (ou l'autorisation) de la sexualité prémaritale (cf. les travaux de James Prescott – violence.de).


Cette répression est particulièrement sévère dans les mutilations sexuelles infantiles qui visent à dominer et contrôler la jeunesse par sa mise sous terreur traumatique (cf. Alice Miller). L'atroce torture physique s'accompagne à la fois d'une perte irréversible et d'une menace de castration ou de mort, ce qui provoque un puissant traumatisme inconscient, lourdement culpabilisant. Cette culpabilité peut générer des individualités fortes et de grandes réalisations mais aussi, et tout aussi certainement, de grands désordres et troubles de la pensée. La castration physique et émotionnelle des organes spécifiques de l'autosexualité porte atteinte à l'image du corps et menace garçons et filles de castration totale. Le résultat est un traumatisme nécessairement enfoui dans les couches les plus profondes de l'inconscient. On tremble à l'idée de ce qui peut arriver s'il en remonte. Occasionnellement, cela s'appelle un coup de tête pour une insulte, une décimation pour une mort mais aussi Hiroshima et Nagasaki en riposte à Pearl Harbour – soit, sur le plan de l'analyse pure, le tout pour la partie (mécanisme structurel de la perversion), à l'image du traumatisme initialement subi ou du supplice redouté : la castration. Mais lorsqu'on en arrive au point d'envahir un pays pour une promesse non tenue par Dieu, on entre dans le domaine de la psychose : se prendre pour Dieu. Sur les dix génocides des temps modernes, un seul n'a pas impliqué de circoncis, les guerres sont quatre fois plus fréquentes dans les pays circonciseurs, la peine de mort y est deux fois plus répandue et ils sont les seuls à exciser les femmes. Les mutilations sexuelles infantiles sont le terreau de la paranoia, du fanatisme et du terrorisme de groupe ou d'état, elles sont aussi celui des outrances contre terroristes.

Ces mutilations sont particulièrement sévères dans la castration de l'organe érectile et de la vulve de la femme, pour ne rien dire des désastres à long terme souvent subis par les organes adjacents (vagin, urètre, vessie, intestin).

Elles sont aussi extrêmement nuisibles dans le cas du nourrisson (USA, Corée du Sud, Juifs) où la circoncision, commise avant l'âge de la parole, ne peut être verbalisée, ce qui empêche la substitution de la société à la mère et rend plus horrible le choc émotionnel. La torture y est redoublée par l'écorchement du gland (collé au prépuce à cet âge). Aujourd'hui, les meilleurs observateurs de l'enfance recommandent fortement l'allaitement jusqu'à l'âge de la parole et le portage jusqu'à celui de la marche. On est aux antipodes des ordalies de séparation d'avec la mère qui font entrer l'enfant dans une sorte de service militaire barbare. Les mutilations sexuelles infantiles n'accueillent pas le nourrisson dans une société régulée par la différence des sexes et des âges, elles l'intègrent à des bandes de pirates ivres de domination et de sang. Ces bandes sont elles-mêmes dominées par des hiérarchies de type médiéval qui ont pour seule règle le rapport de force de l'allégeance personnelle, dans une relation de séduction homophile, sadique. On est dans la bestialité pure, nous ne dirons pas l'animalité‚ parce que les animaux ne connaissent pas une pareille abomination.

Dans les sociétés où la femme est ouvertement une marchandise, l'excision, ravalant la sexualité féminine à la fonction de substitut du prépuce, est le complément ultime, logique, de la circoncision et vice-versa. En effet, dans les cultures polygames, ces castrations partielles, menaces de castration totale ou de mort, visent ou visaient d'un côté à imposer virginité et fidélité en réduisant les ardeurs des jeunes femmes par l'infirmité et la terreur, de l'autre, toujours par la terreur, à dissuader les fils de rivaliser avec leurs pères vis à vis des jeunes épouses. Dans un monde dominé par les hommes, la circoncision menace la petite fille peut-être plus sérieusement que la castration de l'organe érectile de la femme ne menace celui du garçon. Les mutilations sexuelles infantiles sont ainsi l'un des instruments de la perversion de la relation femme-homme dans la société patriarco-matriarcale (traitement de la femme comme une servante plutôt que comme une égale, réclusion à la maison ou sous la robe, souci obsessionnel de la pureté, exclusion du droit à l'éducation et au travail, polygamie, vente comme marchandise, mariage forcé, répudiation, absence de droit au divorce, impunité du viol, lapidation des adultères, crimes d' "honneur"). L'une des pires répressions de l'indépendance individuelle et de la sexualité, elles traumatisent, terrorisent et culpabilisent l'enfant et l'adulte.

Les signes de distinction physique portent aussi atteinte à la dignité humaine. Si la chose est particulièrement nette pour la mutilation féminine, tout marquage du corps en fait un placard publicitaire. Moïse et Mahomet ont interdit les tatouages parce que le corps ne doit pas être traité comme une marchandise. De plus, l'absence de mutilation entraîne le rejet de son porteur par sa propre ethnie, ce qui est une atteinte inadmissible au droit de l'individu d'être considéré par son entourage quelle que soit son apparence physique. Cet accessoire systématique des mutilations sexuelles révèle leur signification profonde de mesure d'exclusion.

Enfin, les marquages physiques s'attaquent à l'espèce humaine. Fonder une identité collective sur une atteinte à l'identité de l'espèce n'est pas seulement un acte dégradant, c'est aussi un acte discriminatoire puisqu'il conduit son porteur à se croire une supériorité illusoire, voire à s'en targuer. Aucun peuple ne saurait se tailler au couteau sur le corps de ses enfants une identité purement formelle. Destinées à séparer le groupe des autres, les mutilations sexuelles infantiles sont un acte sectaire, parfois commis sous le prétexte de la religion. De grands penseurs (Spinoza, Freud) ont ainsi dénoncé la circoncision comme source de haine de la part des peuples voisins.

Les mutilations sexuelles infantiles sont donc encouragées par les régimes tyranniques qui s'en servent aussi bien d'initiation pour leurs troupes que de signe de distinction tribale, de ralliement phallique, pervers. Les mutilations sexuelles infantiles ont un caractère sexiste. Elles sont une incitation à la discrimination, insidieusement déguisée sous ce qui pourrait être une parure si on pouvait l'ôter facilement et derrière les festivités du folklore. Imposé par les élites militaro-religieuses, le signe communautaire est toujours un appel au nationalisme, une menace, un signe de guerre. En interdisant le port des signes religieux dans les écoles, le législateur français ne s'y est pas trompé. Voile, prépuce, clitoris, peine de mort, aux armes, et cetera, l'escalade des mutilations, sexuelles ou autres y compris mentales, est le grand instrument de la guerre des générations. Pour être larvée et insidieuse, cette guerre névrotique, source de véritables guerres, n'en est pas moins atroce et impitoyable. Pour canaliser les besoins humains au service des intérêts de la classe dirigeante, elle tente de détourner la sexualité contre l'amour.

Ceux qui mutilent leurs enfants sont victimes de leurs propres parents. Cela les conduit à dénier le caractère mutilant des ablations sexuelles. Ils doivent comprendre que ce déni est intolérable vis à vis de tous ceux qui ne les pratiquent pas, soit la très grande majorité de l'humanité. Pour les non mutilateurs, la mutilation apparaît monstrueuse, celle infligée aux enfants encore davantage. Les mutilateurs doivent aussi admettre le fait que ceux qui s'opposent à la mutilation sont le plus souvent des étrangers, des occidentaux. Cela n'implique pas qu'ils s'attaqueraient à une valeur culturelle digne d'être préservée. Contre l'ordre moral circonciseur, l'éthique et la science universelles montrent que toute mutilation est un appauvrissement biologique et mental, une non valeur ne méritant pas d'appartenir à la culture. Les mutilations sexuelles infantiles doivent être considérées comme un des pires fléaux de l'humanité. Non seulement il est naturel que ce soient surtout des non mutilateurs qui luttent contre elles – au risque de heurter un peu leurs adeptes – mais encore il existe, au sein même des peuples mutilateurs, des consciences de grand courage qui se dressent contre les mutilations. C'est ainsi que les dangers de la circoncision ont été mis en lumière par des voix africaines (4). Ces personnes doivent être écoutées.


Le narcissisme culturalo-religieux ne mérite pas qu'on lui sacrifie un seul cheveu d'un enfant. Ses protestations indignées doivent se taire devant les hurlements des victimes. Mais le traumatisme est avant tout psychologique et les mutilations physiques ne sont pas seules condamnables. La mutilation par l'esprit, par la parole, paulinienne, chrétienne, puritaine et occidentale, sans peut-être être irréversible, est aussi redoutable que les excisions physiques. Elle a le même but de rendre l'individu docile en le traumatisant par une véritable mise sous terreur inconsciente fondée sur le décret le plus stupide qui soit, faisant de l'autosexualité le péché originel. Mais elle est féroce et dangereuse parce que mensongère, difficile à extirper des consciences. Les dommages provoqués par la répression mentale sont aussi incalculables que ceux de la répression physique.


L'abolition des mutilations sexuelles infantiles n'est qu'une étape dans la lutte contre la répression de la sexualité des jeunes et pour le droit de la personne à la libre disposition de son corps.


(1) Taylor J., Lockwood A., Taylor A. The prepuce : specialized mucosa of the penis and its loss to circumcision. BJU 1996 ; 77 : 291-295. http://cirp.org/library/anatomy/taylor

(2) Sorrells M., Snyder J., Reiss M., Eden C., Milos M., Wilcox N., Van Howe R. Fine-touch pressure thresholds in the adult penis. BJU International 99 (4), 864-869. http://www.icgi.org/touch-test/touch-test-article.pdf

(3) J. Talbott. "Size Matters: The Number of Prostitutes and the Global HIV/AIDS Pandemic". PLoS ONE 2(6).

(4) http://geocities.com/RainForest/3719/circoncision.html